En un clin d'œil


La mer est moins
agitée dans tes yeux
les mouettes sont
plus petites
les vagues dérisoires
les distances abordables
toutes les ombres noyées
les falaises complexées
les tempêtes balayées
en un clin d'œil

Main verte


Je pique
du nez
il pousse
un rêve

La grande bouffe


Il est des 
arbres généalogiques
comme des
chaînes alimentaires

La maîtrise


C'est comme
colorier sans dépasser
ou découper en suivant
les pointillés
Il faut faire preuve
d'une certaine application
pour apprécier
le jour qui se lève
à sa juste valeur

Réglez vos sonotones


Les vacarmes d'été
ont quelque chose 
à voir avec 
les longs silences d'hiver

Pas d'autre solution


De temps à autre
il faut
emmener un poème
à l'abattoir
pour le mettre
en morceaux
n'en garder
que la chair

Un truc de vieux sioux


Comme l'indien
pose l'oreille
sur le sol pour
devancer l'ennemi
j'appuie la mienne
contre l'oreiller
pour surprendre
un beau rêve

Épicurienne


La vie est
sucrée
la mort est
gourmande

Bip, bip, bip


La situation
semble désespérée
Au bout du fil pourtant
cela fait plusieurs heures
que le vers s’évertue
à convaincre
le poisson

À grands coups de burin


Ce matin
nul ne saurait dire
si c'est le ciel qui a
sculpté le sol
ou bien
le sol qui a
sculpté le ciel
mais tout le monde
s'accorde pour dire
que le bougre
n'avait pas bu
que de l'eau

Hochet de feu


Il s'est assis
pour souffler
2 minutes
avant de reprendre
à creuser
Sur ses genoux
le monde
se dandine
un soleil
dans les mains

Glandouille synchronisée


En phase avec
ce qui nous entoure
Nos pommettes
des caméléons
endormis sur la lumière
chacune de nos paroles
emboîtée dans
le bruit des nuages
nos sourires calqués
sur l'envol
des oiseaux

Bouche d'égout


Ce matin la ville
semble avoir été recrachée
par une bouche d'égout
Elle est multicolore
Il y a des morceaux
de soleil
de béton
de verdure
de ciel bleu
Ce matin la ville
est le croisement entre
une flaque de vomi et
un arc-en-ciel

L'aube rentre rarement bredouille


Il est très tôt
le ciel est trouble
le monde frétille
et nous sommes
un paquet
à mordre
à l'hameçon

Les unes après les autres


Ici on ne tue pas
le temps
On laisse les heures
crever tranquillement
s'éteindre
d'une mort lente
agoniser
les unes sur
les autres
les unes après
les autres
Leurs râles
sont nos soupirs
qui jaillissent
de l'ennui

C'est suffisant


Ma foi
fixer l'horizon est
le compromis idéal
entre ramper
et voler

Cheese


Il a une dent 
contre le reste 
du monde
Toutes les autres
lui servent
à sourire

Pour se sentir vivant


Le jour est étouffant
le ciel presque invisible
L'hologramme d'un fantôme
La douleur sourde et vibrante
d'une mouche à qui l'on vient
d'arracher les ailes
Pour exister ce matin
il faut trimer
y mettre du sien
s'efforcer de rendre
chaque chose bien réelle
par n’importe quel moyen
Après avoir renoncé 
à me rouler
dans la boue
j'ai finalement invité 
quelques gouttes de pluie
sur ma langue

N'éteins pas la musique en partant


Les oiseaux 
s'envolent
les cuicuis
restent

Un problème en chasse un autre


La balle
qu'elle s'est tirée
dans le pied
a remplacé
l'épine